Thibault Verretoux.

Mémoire de recherche

Chocs pétroliers & transmission de volatilité

Comment les chocs d'offre pétrolière se propagent aux marchés actions, du choc du Golfe (1990) à la remontée du risque iranien de 2024-2026.

Méthodes

Volatilité conditionnelle (GARCH), causalité dynamique et transmission cross-asset (VAR, impulse-response, décomposition de variance, corrélations glissantes WTI / S&P 500), event studies (rendements anormaux cumulés).

Données

Panel quotidien/mensuel multi-sources (Refinitiv, FRED, positionnement CFTC, EIA, ICE Brent), 1989-2026 ; tests de stationnarité/cointégration, robustesse bootstrap.

Marché

Structure par terme (contango/backwardation), positionnement spéculatif, primes de risque et co-mouvement actions.

Résumé

Une question simple ouvre ce mémoire : l'existence de marchés à terme change-t-elle la façon dont un choc géopolitique sur le pétrole frappe les marchés financiers ? Pour y répondre, je compare trois épisodes séparés par quarante ans. La révolution iranienne de 1979, avant tout marché à terme organisé. L'invasion du Koweït en août 1990, premier vrai choc d'offre sur le jeune marché du WTI. Et la remontée du risque iranien de 2024-2026, cotée en continu par un marché devenu très financiarisé.

Je m'appuie sur la distinction de Fueki et al. (2018) entre choc réalisé et choc anticipé, lisible directement dans la structure par terme : un choc soudain ne fait réagir que le court de la courbe et la corrélation M1/M12 s'effondre ; un choc anticipé déplace toute la courbe ensemble. Le Koweït coche toutes les cases du choc réalisé. La corrélation M1/M12 tombe de 0,85 à zéro en une semaine, et l'event study donne un rendement anormal cumulé de +76,5 % sur le WTI à 60 jours, contre −16,4 % pour le S&P 500 et près de −30 % pour le CAC et le DAX. L'Iran 2026 montre l'inverse : courbe en backwardation profonde, spread Brent-WTI élargi, positions longues accumulées par les fonds. Quant à 1979, sans marché à terme, il ne laisse aucun signal de prix forward, la demande de précaution passant alors par le stockage physique.

Autour de cette identification, j'emboîte un GARCH, un VAR (impulse-response et décomposition de variance), les données de positionnement CFTC et des régressions macro à la Hamilton, avec un appariement géographique constant : WTI / S&P 500 / Fed d'un côté, Brent / EuroStoxx 50 / BCE de l'autre. La transmission ressort plus forte côté européen, plus exposé au pétrole importé par voie maritime.

La conclusion tient en une ligne : les marchés à terme ont transformé les chocs pétroliers géopolitiques, de ruptures physiques et ponctuelles, en primes de risque cotées en continu. Un gain pour l'allocation du risque, une perte pour la lisibilité du signal prix.

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